Les élections du canton de Lanslebourg Mont-Cenis continuent de faire parler, plusieurs jours après la victoire de Rozenn Hars (Union Pour la Savoie) face à Patrick Debore (sans étiquette, soutenu par Savoie Pour Tous au second tour).
Tout est parti d’un communiqué de presse publié mercredi 30 mars au soir par le Parti Socialiste en Savoie, relayé peu de temps après par l’hebdomadaire savoyard La Vie Nouvelle.
Il disait ceci : « Il semble que Michel Bouvard ait mobilisé les moyens de l'Assemblée nationale pour faire campagne en faveur de Madame Hars. Le papier utilisé pour discréditer pêle-mêle le PS et un candidat qui n'a rien à voir avec lui, porte l'en-tête officiel de l'Assemblée nationale, en bleu, blanc et rouge. Les enveloppes en notre possession ont été postées tardivement, le 23 mars, et portent le cachet du Palais Bourbon. Or, de tels procédés sont interdits par la loi. […] Avec seulement 76 voix d'écart, il est clair que le résultat a pu être nettement modifié, si de tels moyens ont été utilisés ».
En cause donc, le député Michel Bouvard, accusé d’avoir fait campagne en faveur de Rozenn Hars en mobilisant des moyens publics, via l’envoi de courriers à destination des électeurs et plus particulièrement des abstentionnistes du premier tour.
Jeudi 31 mars, dans l’hebdomadaire La Maurienne, le candidat malheureux, Patrick Debore, se disait prêt à déposer un recours en annulation, en ces termes : « Je déplore par ailleurs les manipulations politiciennes et la censure d’une presse partiale, qui ont soutenu une candidate sortante aux abois. D’où qu’elles viennent et quelles qu’elles soient, elles ne font pas honneur à leurs auteurs, ni ne servent la démocratie. Et je me réserve le droit de porter recours en annulation ».
Jeudi matin, quelques minutes avant l’élection du Président du Conseil Général de la Savoie, le député Michel Bouvard a réagi aux attaques du Parti Socialiste.
Il a assuré tenir à la disposition de tous les factures et relevés nécessaires, n’acceptant pas que sa probité soit mise en cause. Il a aussi affirmer réfléchir à intenter une action en justice contre Stéphane Pillet, Premier secrétaire fédéral du Parti socialiste, et contre La Vie Nouvelle.
Michel Bouvard semble donc serein concernant le financement de ses documents. Difficile d’imaginer qu’un député rôdé aux campagnes électorales depuis de longues années se soit laissé prendre au piège de l’utilisation des fonds publics pour soutenir une candidate.
Le Mémento du candidat pour les élections cantonales de 2011, paru en janvier, clarifie le droit pour Michel Bouvard de faire campagne dans l’exercice de son mandat, dès lors que les fonds publics ne sont pas mobilisés (le document est fastidieux, mais après une lecture assidue, je vous conseille de vous pencher surtout sur la page 15).
Nous verrons si dans les prochains jours, les accusateurs sont en mesure de justifier l’utilisation des moyens de l’Assemblée Nationale. Dans le cas contraire, tout recours n’a pratiquement aucune chance d’aboutir.
Quoi qu’il en soit, Michel Bouvard a je pense eu raison de rédiger ce courrier. Il s’est appliqué à informer clairement les électeurs sur les choix très différents qui s’offraient à eux :
- d’un côté Rozenn Hars, Vice-présidente sortante du Conseil Général de la Savoie et candidate de la majorité départementale.
- de l’autre Patrick Debore, qui bien que sans étiquette, bénéficiait au deuxième tour du soutien de l’opposition socialiste et du désistement en sa faveur du candidat officiel de Savoie Pour Tous, François Chemin. Pour rappel, Thierry Repentin (leader de SPT), lors d’un débat avec Hervé Gaymard sur France Bleu le jeudi 24 mars, avait apporté son soutien plein et entier à Patrick Debore, affirmant que "si Patrick Debore est élu, ce sera une voix de moins pour la majorité départementale d'Hervé Gaymard".
Les précisions de Michel Bouvard étaient donc très importantes pour que les électeurs choisissent avec sérénité. Et ses explications sur les orientations très différentes pour la Savoie entre la majorité départementale et l’opposition socialiste l’étaient tout autant.
Qui peut aujourd’hui douter que la gauche, si elle avait obtenue la majorité, aurait concentré ses moyens sur les quartiers sensibles et le logement social au détriment des territoires de montagne et des petites communes, dont celles de Haute-Maurienne ?
Patrick Debore peut toujours s’élever contre « une presse partiale », il ne me semble pas avoir vu au cours des deux semaines de campagne un seul article favorisant davantage un candidat qu’un autre. Les journalistes de la presse locale se sont contentés d’évoquer les forces en présence, les possibilités de « surprise », et de rendre compte des résultats des votes.
Tout texte diffusé par d’autres moyens que la presse n’engage que son auteur.
Pour avoir vécu cette période préélectorale d’assez près, je peux dire avec sérénité que Rozenn Hars a mené une campagne digne et respectueuse, avec le souci de mettre en valeur son bilan et surtout ses projets pour les trois années à venir.
A l’inverse, son principal adversaire n’a pas hésité à aller d’attaques frontales en promesses racoleuses, comme il le faisait déjà depuis de nombreux mois.
Monsieur Bouvard a souhaité soutenir Rozenn Hars, notamment en témoignant du travail précieux réalisé par la Conseillère générale en faveur du canton de Lanslebourg Mont-Cenis au cours de ses sept années de mandat. C’est tout à son honneur.
Rien n’empêchait les ténors du Parti socialiste d’apporter un soutien appuyé à Patrick Debore ou de répondre aux propos tenus par Michel Bouvard (les courriers ayant été reçus plusieurs jours avant le second tour).
Comme le dit le romancier québécois Yvon Paré : « la plus grande des victoires, c’est peut-être d’admettre sa défaite… ».