Dominique Strauss-Kahn est de retour en France. Après plusieurs mois d'un feuilleton judiciaire plein de rebondissements (j'avais eu raison de prôner dès le départ la prudence dans cette affaire), lavé de toutes accusations au pénal, l'ancien patron du FMI a récupéré son passeport et a choisi de regagner rapidement l'hexagone, à 8 mois de l'élection présidentielle dont il était il y a encore peu de temps le grand favori. Avec quel avenir politique ?
On ne saura sans doute jamais de manière exacte ce qui s'est passé au Sofitel de New York, dans la chambre 2806, le 14 mai dernier. Toujours est-il que pour la justice américaine, le doute raisonnable qui existe dans ce dossier a suffi à blanchir entièrement l'ancien ministre de l'économie des sept chefs d'accusation qui pesaient contre lui. DSK reste accusé par la femme de chambre Nafissatou Diallo au civil, ce qui pourrait lui coûter d'importants dommages et intérêts. Mais la principale menace, celle d'une condamnation à une lourde peine de prison, a été évitée.
Désormais, Dominique Strauss-Kahn est de retour sur le sol français. La France, qu'il était jusqu'à la mi-mai le mieux placé pour diriger à partir de l'été 2012. Seulement, l'affaire qui a fait le tour du monde et a largement été relayée par les médias aux quatre coins du globe, a eu raison des rêves présidentiels de DSK. Le mari d'Anne Sinclair pourrait bien en plus être rattrapé désormais par la justice française : une jeune journaliste et écrivain, Tristane Banon, l'accuse d'avoir tenté de l'agresser sexuellement en 2003.
Dans ce genre d'histoires de grande ampleur, il est toujours délicat de délier le vrai du faux, l'info de l'intox, et de déceler si les motivations des uns et des autres répondent à de profondes convictions ou à une volonté première de récupérer de l'argent.
En tous les cas, en dépit des affaires qui se succèdent, il est peu probable que Dominique Strauss-Kahn rentre en France pour se reposer. Tout laisse à penser qu'il ne considère pas sa carrière politique comme terminée. Mais quel rôle compte-il jouer ?
Impossible pour l'heure de savoir si DSK fera campagne pour l'un des candidats à la primaire socialiste, lui qui aurait sûrement emporté haut la main sa confrontation à ses collègues lors d'un vote des militants PS.
On sait Strauss-Kahn proche de Martine Aubry. Les deux avaient apparement décidé avant l'affaire du Sofitel qu'ils ne se présenteraient pas face à face. Mais de là à ce qu'aujourd'hui, DSK se prononce formellement en sa faveur, à peine de retour en France, il y a un pas...
Strauss-Kahn sait qu'une réapparition trop rapide sur la scène politique pourrait être mal perçue, à gauche comme à droite. Certains vont prendre du temps pour accepter l'éventuel retour en haut de l'échiquier d'un politicien un temps accusé d'agression sexuelle.
DSK pourrait plutôt choisir une autre option : se contenter de suivre la primaire de loin et mieux soutenir ensuite le candidat désigné pour affronter le Président sortant, Nicolas Sarkozy. Jouer la carte du "super consultant" sur les questions du déficit, de la rigueur budgétaire et de l'économie mondiale plus généralement, pourrait être une option payante.
Ses capacités d'économiste sont unanimement reconnues. En apportant son poids dans ce domaine, il pourrait, en cas de victoire de la gauche, porter une partie du triomphe... et pourquoi pas faire une entrée fracassante dans le nouveau gouvernement ! Cette éventualité fait peut-être grincer certaines dents, mais elle est bien réaliste...