Depuis le début de la polémique en Côte d'Ivoire suite à l'élection présidentielle opposant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, la population de plusieurs pays d'Afrique s'est soulevée pour exiger le départ du pouvoir en place et obtenir l'instauration de la démocratie. En Tunisie, en Egypte et maintenant en Lybie, la révolte populaire fait la Une de l'actualité. Si certains peuples ont déjà obtenu gain de cause au prix de dizaines de vies humaines, d'autres sont confrontés à un pouvoir davantage déterminé à utiliser la force pour rétablir l'ordre.
Bien évidemment, comment ne pas se réjouir et encourager les habitants de chaque pays à faire entendre leur voix pour conquérir une démocratie essentielle au développement et à l'émancipation de chacun. La France et l'Europe se doivent de soutenir ces initiatives, dès lors qu'elles s'inscrivent dans une démarche positive visant à construire un avenir meilleur.
Les grandes nations européennes ont toutes les raisons de prendre position et d'exiger des chef d'Etat en place qu'ils acceptent le dialogue face aux manifestants. Certains diront que depuis de nombreuses années, nos dirigeants successifs n'ont rien fait pour dénoncer ces régimes. Pouvait-il vraiment en être autrement ? Nos gouvernants, de droite comme de gauche, ont développé des relations avec les chefs d'Etat africains, de manière à répondre aux enjeux économiques majeurs. Une attitude contraire leur aurait été reprochée, risquant de mettre en péril l'économie nationale !
Ils ont plusieurs fois accepté des invitations de ces "hommes forts" aujourd'hui si contestés. Cela est normal, ça s'appelle la diplomatie !
Pour autant, il n'a jamais été question de cautionner leur gestion intérieure, leur contrôle des médias et leur hyper-pouvoir. Voilà pourquoi aujourd'hui, ils peuvent aisément - avec raison - condamner les bains de sang inacceptables. Il est impensable de laisser l'armée tirer à balles réelles, pour tuer, sur des manifestants pacifiques, sans réagir.
Nos dirigeants européens doivent aujourd'hui se tourner vers plusieurs objectifs :
- veiller à ce que ces soulèvements populaires ne brisent pas de manière durable l'équilibre des pays concernés, ce qui conduirait irrémédiablement les plus pauvres, donc les plus fragiles, à des situations encore plus délicates.
- oeuvrer pour l'instauration de réelles démocraties, en soutenant l'organisation d'élections justes, équitables et ouvertes, pour que le choix soit réellement fait par le peuple. Rappelons que la pression en Côte d'Ivoire pour qu'Alassane Ouattara, jugé vainqueur par les observateurs de la communauté internationale, puisse gouverner à la place de Laurent Gbagbo, existe toujours.
- accompagner la reprise d'une vie normale pour les populations, dans le respect de leur souveraineté nationale, et en faisant en sorte que les habitants soient utiles chez eux, plutôt que de se réfugier dans les pays étrangers. L'immigration suite à des conflits de cette ampleur n'est bénéfique ni pour le pays en crise, qui a plus que jamais besoin de toutes ses forces vives pour se reconstruire, ni pour le pays accueillant, qui n'a bien souvent pas les moyens d'offrir à ces gens une situation décente.
- veiller à ce que le nouveau pouvoir mis en place n'applique pas une démocratie "de façade" afin de calmer la colère populaire, avant de simposer en régime totalitaire. Toutes les personnes qui ont payé de leur vie leur soif de démocratie auraient alors fait cela pour rien. Le risque de dérive vers des gouvernements islamistes existe et doit être évité. Cette perspective serait négative pour les peuples autant que pour le développement des relations internationales.
Le passé nous a démontré que beaucoup d'espoir peuvent être déçus. La vigilance s'impose...